Droiture et déviance

les horreurs de la tombe

Dans l’article suivant, retrouvez une analyse de l’imam Ibn Qudâma à propos des concepts de droiture et de déviance.

Article tiré de notre livre Le Droit Chemin – Éditions Muslimlife

Allah, le Très-Haut, a certes dit :

مَا ضَلَّ صَاحِبُكُمْ وَمَا غَوَىٰ

« Votre compagnon ne s’est pas égaré ni n’a dévié. »[1]

En effet, le Messager (paix sur lui) ne s’est pas égaré ni n’a dévié. La caractéristique de l’égarement est associée à celle de la déviance, car tout déviant s’égare.

Le droit chemin est le contraire de la déviance, alors que la guidance est le contraire de l’égarement. La « guidance » désigne le fait d’éviter le chemin des débauchés et des innovateurs. C’est ce que les Pieux Prédécesseurs avaient l’habitude d’interdire : la débauche et l’innovation.

Allah, le Très-Haut, a certes dit :

فَخَلَفَ مِنۢ بَعْدِهِمْ خَلْفٌ أَضَاعُوا۟ ٱلصَّلَوٰةَ وَٱتَّبَعُوا۟ ٱلشَّهَوَٰتِۖ فَسَوْفَ يَلْقَوْنَ غَيًّا

« Puis leur succédèrent des générations qui délaissèrent la prière et suivirent leurs passions. Ils seront donc jetés dans le “ghayyan”. »[2]

Le mot « ghayyan » est un nom verbal qui désigne le contraire du « droit chemin », comme le démontre le verset dans lequel ces deux mots s’opposent :

وَإِن يَرَوْا۟ كُلَّ ءَايَةٍۢ لَّا يُؤْمِنُوا۟ بِهَا وَإِن يَرَوْا۟ سَبِيلَ ٱلرُّشْدِ لَا يَتَّخِذُوهُ سَبِيلًۭا وَإِن يَرَوْا۟ سَبِيلَ ٱلْغَىِّ يَتَّخِذُوهُ سَبِيلًۭ

« Et s’ils voient le droit chemin, ils ne l’empruntent pas. Mais s’ils voient le chemin de la déviance (« ghayy »), ils le prennent comme sentier. »[3]

Le terme « droit chemin » se réfère aux actes qui profitent à leur auteur, alors que le terme « déviance » (« ghayy ») renvoie aux actes qui lui nuisent.

C’est pour cette raison qu’accomplir le bien est considéré comme de la droiture (« rushd ») et accomplir le mal (« sharr »), comme de la déviance (« ghayy »). Ces significations sont claires dans le verset où les Djinns utilisent les deux termes pour les opposer :

وَأَنَّا لَا نَدْرِىٓ أَشَرٌّ أُرِيدَ بِمَن فِى ٱلْأَرْضِ أَمْ أَرَادَ بِهِمْ رَبُّهُمْ رَشَدًۭا

« Nous ne savons pas si on veut du mal (“sharr”) aux habitants de la terre ou si leur Seigneur veut les mettre sur le droit chemin (“rushd”). »[4]

Et à la fin de la sourate, le mot « mal » (« darran ») s’oppose au mot « droit chemin » (« rashadan ») :

قُلْ إِنِّى لَآ أَمْلِكُ لَكُمْ ضَرًّۭا وَلَا رَشَدًۭ

« Dis : “Je ne possède aucun moyen pour vous faire du mal ni pour vous mettre sur le droit chemin.” »[5]

Le mot « al-rashid » est dérivé du mot racine « al-rushd » (« la droiture »). Il désigne celui qui est digne de confiance dans la gestion de ses propres biens, car il ne dépense que dans ce qui est bénéfique.

Pour aller plus loin, Allah, le Très-Haut, a certes mentionné dans le Coran que Satan a dit :

قَالَ رَبِّ بِمَآ أَغْوَيْتَنِى لَأُزَيِّنَنَّ لَهُمْ فِى ٱلْأَرْضِ وَلَأُغْوِيَنَّهُمْ أَجْمَعِينَ

« Ô mon Seigneur, parce que Tu m’as induit en erreur, eh bien je leur enjoliverai la vie sur terre et les ferais tous dévier »[6].

إِلَّا عِبَادَكَ مِنْهُمُ ٱلْمُخْلَصِينَ

« À l’exception, parmi eux, de Tes serviteurs élus. »[7]

Ce qui signifie qu’il veut ordonner aux humains de commettre le mal, ce qui leur nuit et qu’ensuite ils lui obéissent, comme Allah Le Très-Haut l’a indiqué :

وَمَا كَانَ لِىَ عَلَيْكُم مِّن سُلْطَٰنٍ إِلَّآ أَن دَعَوْتُكُمْ فَٱسْتَجَبْتُمْ لِى

« Je n’avais aucune autorité sur vous si ce n’est que je vous ai appelés, et que vous m’avez répondu. »[8]

Et Allah a certes dit :

وَبُرِّزَتِ ٱلْجَحِيمُ لِلْغَاوِينَ

« Et la Fournaise sera exposée aux déviants. »[9]

Jusqu’à :

فَكُبْكِبُوا۟ فِيهَا هُمْ وَٱلْغَاوُۥنَ

« Ils y seront donc jetés pêle-mêle, et les déviants aussi »[10].

وَجُنُودُ إِبْلِيسَ أَجْمَعُونَ

« Ainsi que toutes les légions d’Iblis. »[11]

Et :

قَالَ ٱلَّذِينَ حَقَّ عَلَيْهِمُ ٱلْقَوْلُ رَبَّنَا هَٰٓؤُلَآءِ ٱلَّذِينَ أَغْوَيْنَآ أَغْوَيْنَٰهُمْ كَمَا غَوَيْنَا ۖ

« Ceux contre qui la sentence se réalisera diront : “Voici, Seigneur, ceux que nous avons fait dévier. Nous les avons fait dévier comme nous avons nous-mêmes déviés.” »[12]

مَا ضَلَّ صَاحِبُكُمْ وَمَا غَوَىٰ

« Votre compagnon ne s’est pas égaré ni n’a dévié. »[13]

Le droit chemin - MuslimLife

Donc, lorsque le mot « ghayy » est utilisé en tant que nom pour désigner un acte de mal (« sharr ») qui nuit à son auteur, alors le résultat de cet acte se nomme « déviance » (« ghayyan »), tout comme le résultat d’un acte de bien (« khayr ») s’appelle « droiture » (« rushdan »).

D’autre part, ce qui découle d’un acte de mal (« sharr ») est nommé « mauvais » (« sharran ») et ce qui découle d’un acte de bien (« khayr ») est appelé « bon » (« khayran »).

Des actes de bien résultent les « bonnes œuvres » (« hassanat ») et des actes de mal résultent les « péchés » (« sayyi’at »).

Donc, les « bonnes œuvres » (« hassanat ») et les « péchés » (« sayyi’at ») dans le Livre d’Allah visent à désigner les « actes de bien » (« khayr ») et les « actes de mal » (« sharr »).

De même, les « bienfaits » (« ni’ma »), les « calamités » (« massa’ib ») et les « rétributions » (« jaza’ ») sont des types d’actes.

Par conséquent, celui qui accomplit le bien et des bonnes œuvres récoltera le bien et des bonnes œuvres. Celui qui accomplit le mal et des péchés récoltera le mal et des péchés.

Ainsi, celui qui dévie obtiendra un péché. L’abandon de la prière et le suivi des passions[14] constituent des déviances qui rendent leur auteur sujet aux péchés. En raison de cela, Al-Zamakhshari a dit : « Selon les Arabes, tout mal est une déviance et tout bien est une droiture. »

Al-Zajjaj a quant à lui dit : « Sa rétribution est le châtiment pour ses péchés, en raison du verset :

يَلْقَ أَثَامًۭا

“[…] encourra une punition.”[15] »

En d’autres termes, une punition pour ses péchés.

On rapporte également que le Prophète (paix sur lui) a dit :

« Certes, “Ghayyan” est une vallée en Enfer dont ses propres vallées cherchent refuge contre elle. »[16]

Et ceci renvoie à la rencontre avec le mal.

D’autre part, Allah l’Exalté a dit :

خَلْفٌ أَضَاعُوا۟ ٱلصَّلَوٰةَ وَٱتَّبَعُوا۟ ٱلشَّهَوَٰتِۖ فَسَوْفَ يَلْقَوْنَ غَيًّا

« […] qui délaissèrent la prière et suivirent leurs passions. »[17]

Or, la prière concerne le fait de chercher le Visage d’Allah, car Il, Exalté soit-il, a dit :

وَلَا تَطْرُدِ ٱلَّذِينَ يَدْعُونَ رَبَّهُم بِٱلْغَدَوٰةِ وَٱلْعَشِىِّ يُرِيدُونَ وَجْهَهُ

« Et ne repousse pas ceux qui, matin et soir, implorent leur Seigneur, cherchant son Visage »[18]

Faisant ainsi référence aux prières de Fajr et de ‘Asr.

Ceux qui appellent leur Seigneur recherchent la satisfaction de Leur Seigneur et désirent Lui obéir. Donc les cœurs, lorsqu’ils Lui obéissent, sont désireux de Lui plaire et de L’aimer.

Article tiré de notre livre Le Droit Chemin – Éditions Muslimlife

Notes

[1] Sourate 53 : L’Étoile, verset 2.

[2] Sourate 19 : Marie, verset 59.

[3] Sourate 7 : Al-A’raf, verset 146.

[4] Sourate 72 : Les Djinns, verset 10.

[5] Sourate 72 : Les Djinns, verset 21.

[6] Sourate 15 : Al-Hijr, verset 39.

[7] Sourate 15 : Al-Hijr, verset 40.

[8] Sourate 14 : Abraham, verset 22.

[9] Sourate 26 : Les Poètes, verset 91.

[10] Sourate 26 : Les Poètes, verset 94.

[11] Sourate 26 : Les Poètes, verset 95.

[12] Sourate 28 : Le Récit, verset 63.

[13] Sourate 53 : L’Étoile, verset 2.

[14] L’auteur fait référence au verset qu’il a cité plus haut : « Puis leur succédèrent des générations qui délaissèrent la prière et suivirent leurs passions ».

[15] Sourate 25 : Le Discernement, verset 68.

[16] Al-Tabari l’a transmis dans son Tafsir.

[17] Sourate 19 : Marie, verset 59.

[18] Sourate 6 : Les Bestiaux, verset 52.

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